Mathématiques du coeur

2022

Cette année, le 6 janvier, ma grand-mère paternelle aurait eu 100 ans.

Le 4 février, ça fera 20 ans qu’elle me manque.

Il paraît que je lui ressemble. C’est vrai qu’on faisait la même taille et qu’on a la bienveillance au dehors du poitrail. 175Cm de cœur offert à tout va.

J’ai une photo d’elle dans mon portefeuille. Une photo d’elle jeune. Une photo d’elle à la mer. Elle a le vent dans les cheveux et j’imagine une veste bleue ou beige au dessus d’une robe blanc crème. La photo est en noir et blanc. Comme celles de son mariage en robe à fleurs et du costume trop grand de son mari, le père de mon Papascal, que je n’ai pas connu. Lui, il est mort quand mon père avait 13 ans. Emma et Olivier se sont marié.e.s un 25 juillet 1942. C’était la Seconde Guerre Mondiale, d’où probablement la robe à fleurs et non une robe blanche comme celle que j’imagine sur la photo à la mer du Nord. Je crois que ma Mamy a fait l’Exode de 1940. Je me rappelle une histoire de longue marche et de son papa à elle, Henri Joseph, qui la poussait sur le bas-côté pour la protéger quand les Junkers Ju 87 Allemand tiraient sur les lignes d’exilé.e.s vers la France. Je ne sais plus si c’est vrai ou si je l’ai rêvé. Mon enfance est floue, y a tellement de trous, c’est à pleurer tous ces souvenirs perdus. Je me rappelle juste que Mamy n’était pas à l’aise quand des avions passaient au-dessus de sa maison. J’ai hérité de sa peur, à défaut d’avoir gardé mon enfance en tête.

Il y a une photo de famille dans les photos du mariage de 1942. Tout le monde tire la tête. La légende de la photo dit : « Le mariage est une cérémonie sérieuse ». Pas besoin de faire 1+1=2 pour comprendre que c’est la guerre qui a mangé leurs sourires. Sur la photo, il y a une gamine qui a le regard si furieux que si je la regarde trop j’ai peur qu’elle hante mes nuits.

Cette année, le 6 janvier, c’était l’anniversaire des 100 ans de Mamy. C’était aussi la première galette des Rois pour mon enfant, Merlin. Merlin est né le 6 février. J’aurais bien voulu le 2, pour continuer la lignée des anniversaires particuliers. Ça va comme ça :

– Mamy, 6/01/1922, Épiphanie

– Papa, 01/04/1960, Poisson d’Avril

– Morgane, 02/11/1987, Jour des Morts

J’ai vérifié pour voir ce qu’il y avait le 6 février…La Saint Gaston. Mais Gaston c’était le mari de la sœur du père de mon Papa, sœur que mon Papa n’aimait vraiment pas. Et puis Gaston, il est mort à vélo, à un endroit où il n’était pas censé se trouver, m’a-t-on dit. J’ai toujours la boite avec les lettres qu’il avait reçu quand il était en caserne. Ma grand-tante avait une écriture magnifique et une orthographe déplorable. C’est vrai qu’elle n’avait pas l’air commode, quand je lis ses lettres.

Mamy avait droit à une galette, Papascal a son poisson en chocolat et moi la visite au cimetière la veille de mon anniversaire.

Mamy trichait pour la galette, c’est sûr. Ça tombait toujours sur mon cousin ou moi. 1 an sur 2, en fait. Je pense qu’elle tenait les comptes, secrètement.

Papa cassait son poisson en chocolat avec un marteau, je crois, libérant plein de pralines à partager, s’il voulait bien.

Merlin aura quand même des crêpes. On l’a surnommé Bébé Crêpe alors qu’il était encore dans mon ventre.

Moi, j’ai simplement arrêté d’aller au cimetière en 2002. Être dyscalculique, ça n’aide pas à surmonter la mort.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close